Au moment d'écrire ces lignes, deux dossiers d'actualité occupent beaucoup d'espace dans les divers médias : la grippe A (H1N1) et la corruption dans l'industrie de la construction. Si nous laisserons les spécialistes traiter du premier sujet, nous tenons à ajouter notre grain de sel dans les discussions soulevées par le second.
Il est maintenant évident qu'il existe au sein de l'industrie certaines pratiques que nous qualifierons poliment de douteuses. Mais nous aimerions attirer l'attention sur un élément particulier : les entrepreneurs ne sont pas tous des bandits, bien au contraire. D'ailleurs, au-delà des contribuables, les principales victimes du système dénoncé sont la majorité des entreprises de construction qui ne peuvent espérer obtenir des contrats auxquels un contexte de libre concurrence devrait leur permettre d'avoir accès.
Notre industrie n'est pas la première et ne sera sûrement pas la dernière à être visée par des scandales. L'important pour nous est que la population réalise que les agissements d'un groupe d'individus ne doivent pas être interprétés comme une règle générale. C'est d'ailleurs pour cette raison que plusieurs applaudiront la décision du gouvernement de mettre en place une équipe multidisciplinaire pour s'attaquer au problème.
Du côté des entrepreneurs en plomberie et chauffage, ce n'est pas d'hier que nous prônons la libre concurrence dans l'attribution des contrats. La création du Bureau des soumissions déposées du Québec (BSDQ) découle d'une volonté de l'industrie de mettre en place un système qui s'assurerait que les règles du jeu soient les mêmes pour tous, qu'elles soient connues et respectées.
Pour certains, la règle du plus bas soumissionnaire conforme limite la concurrence et favorise la collusion. Nous nous permettrons de citer ici un extrait du rapport sur le BSDQ publié par le ministère du Travail en juin 2004 : «Ce sont les conditions du marché qui influencent directement le prix des soumissions en fonction de la quantité d'entreprises disposées à réaliser des travaux assujettis au Code de soumissions dans les diverses spécialités. La collusion, si elle existe, est un phénomène de marché fermé et ne saurait être attribuée à l'existence même du BSDQ. »
Au contraire de la prétention de ces mêmes individus, le rapport concluait que l'obligation d'octroyer le contrat au plus bas soumissionnaire conforme tend à maintenir le prix des soumissions au plus bas et que c'est tout à fait justifié afin d'assurer une saine concurrence au sein de l'industrie de la construction.
Il se dit plusieurs choses présentement et des problèmes réels sont mis en lumière. Il ne faudrait cependant pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Prenons comme exemple le projet des compteurs d'eau à Montréal qui a fait couler beaucoup d'encre. Il faut souligner que le projet initialement prévu répondait à des besoins parfaitement légitimes, soit de limiter le gaspillage de la ressource en dotant la ville des outils nécessaires pour appliquer éventuellement le principe d'utilisateur payeur. Ce projet permettait aussi de s'assurer que le réseau d'eau potable soit protégé contre les risques de contamination puisque les installations visées devaient être dotées de dispositifs antirefoulement.
Malgré la gestion déficiente du projet soulignée par le bureau du vérificateur général de la Ville de Montréal, les travaux sont toujours justifiés. D'autres municipalités, comme la Ville de Québec, ont d'ailleurs annoncé qu'elles feraient aussi l'installation de compteurs d'eau sur leur territoire. Nous invitons donc tous les intervenants qui auront à prendre des décisions suite aux enquêtes présentement menées, autant par les instances policières que par les journalistes, à faire preuve de discernement pour s'attaquer au virus plutôt que de condamner le patient.
Lors de la conférence de presse lançant l'opération Marteau1, le ministre du Travail, Sam Hamad, s'exprimait ainsi : « L'industrie de la construction est composée en grande majorité d'honnêtes travailleurs et d'entrepreneurs respectueux des lois. C'est une minorité qui ne respecte pas les règles du jeu et qui vient ternir l'image de cette industrie hautement importante pour l'économie québécoise. » Nous faisons nôtre ses propos.
Le président,
Alain Daigle
1Escouade spéciale formée pour s'occuper de la corruption et la malversation dans l'industrie de la construction.